La Voix des fleurs, one-shot de Natsuki Sumeragi, édité par Akata et petit bijou à lire. Il s’agit d’un recueil de 4 nouvelles issues de contes chinois et japonais. Personnellement, ce n’est pas spécialement ma tasse de thé, les contes, d’autant plus que j’ai du mal avec le format court des nouvelles. Et pourtant, l’auteur nous fait plonger directement dans un monde antique, grâce aux dessins et grâce à la narration.


Tokyo, jeunesse, boulot, avenir… et ah non, pas d’avenir, en fait. J’ai été assez enchantée par ce manga pas prétentieux, juste dans ses propos, servi par des dessins réalistes et en rondeur. Je ne me suis pas retrouvée dans cette jeunesse lasse du monde du travail qui aimerait plutôt se raccrocher à son groupe de rock amateur, mais Solanin m’a fait passer de très bons moments, il m’a un peu retournée par moment grâce à son réalisme et m’a aussi beaucoup plu avec son ambiance particulière et sa douceur. Pas tout à fait le gros coup de cœur mais une lecture excellente.
Graveleux, licencieux, tendancieux…
Tel est Stairway to Heaven (STH). Un manga en 4 volumes par l’auteur de What’s Michael ?, accessoirement (ou principalement) auteur de hentaï. Dans STH, pas de porno macho cependant, bien que ce serait mentir que de dire qu’il n’y a pas de cul. Mais il n’y a pas que ça, il y a aussi des nichons, des chibres, des cornes, des queues, des seins et… du cul, je l’ai déjà dit.

Tout se fait dans la joie et la bonne humeur et le scénario a dû être couché un soir de grande ivresse puisqu’on suit un Prix Nobel de Médecine (ou de la Paix ? Aucune idée, m’en rappelle plus, m’en fous) aller en enfer malgré toutes ses bonnes actions pour être décédée vierge à un grand âge. Condamnée par le Grand Roi Emma à recevoir du plaisir en permanence, l’héroïne va devoir vivre dans l’enfer des plaisirs avant d’être acceptée au Paradis.

Dans les 2 premiers volumes, elle se montre réticente. Est-ce un crime de ne pas avoir connu l’amour physique ? Là-dessus, le manga s’éloigne bien des hentaï en étant d’une extrême ouverture, puisqu’il n’y a absolument rien de machiste. L’héroïne n’est ni stupide ni nymphomane, elle se cramponne à ses convictions vertueuses même si elle a des travers (consommation ininterrompue de cigarettes et excès de vitesse répétés), elle est très attachante dans son obstination.

On découvre avec elle l’enfer… qui consiste grosso modo en des animaux de Bambi ou de Blanche-Neige tous surmontés d’un pénis. Des … attributs masculins de partout, dans tous les éléments du décor et dans tous les orifices. Visuellement, c’est épatant, l’auteur est un sacré vicieux et place des membres qui s’agitent partout et de partout. Pour autant, je n’ai pas trouvé le manga lourd car l’humour et les situations varient suffisamment. Bien sûr, chacun cherche à aider l’héroïne en la déflorant mais jamais on ne la voit subir de maltraitances, de « non non non mais oui oui oui ». Les hommes sont très caricaturaux, entre le preux ronin et le lâche mangaka. Bref, tout le monde en prend pour sa pomme dans ce joyeux délire où chaque homme, chaque animal semble être au service du plaisir.

Dans les 2 derniers volumes, l’héroïne se rallie elle-même à la cause, devenant (comme tout le monde) plutôt nymphomane. C’est l’occasion de revenir sur son passé, sur les 15 000 hommes qu’elle a aimés sans les toucher. Encore une fois, rien de niais ou de machiste. Simplement, le manga s’épuise un peu et se lit moins facilement. On rit aux éclats assez souvent mais au moins 10 fois, l’auteur nous montre des femmes « stimulées », toujours dans les mêmes circonstances et dans les mêmes positions. Ce qui faisait la force du manga – le cul burlesque – devient parfois lourd.

Heureusement, le dernier volume corrige le tir en nous proposant une fin très belle (ou culcul, diront les mauvaises langues ?). En résumé, STH est un manga très unique dans son genre. Pas à mettre entre toutes les mains : l’effet produit à la lecture dépend de la sensibilité de chacun. Mais il réussit le challenge de caser 150 pénis par chapitre, d’être une ode au cul, un hymne à la jouissance tout en proposant un scénario solide et bien orienté.

C’est du grand délire tout en étant attachant. Entre l’héroïne au fort caractère, la statue vivante qui prend des poses ridicules, le benêt qui ne semble pas trouver anormal un monde où les cornes d’animaux sont des pénis, le ronin qui garde la même expression déterminée et intransigeante en toutes circonstances, on a un joyeux panel d’hommes et de femmes loufoques pris dans un enfer effectivement effrayant. Le tout est savoureux (pas émoustillant) grâce à la merveilleuse traduction.

Dernière qualité de cette série : les femmes ne sont pas anorexiques, c’est si rare…
Les swaps, je ne le répèterai jamais assez, c’est vraiment merveilleux. On découvre des concepts, des produits, des livres. Mais surtout, des gens. Et même pour une ronde minimaliste consacrée aux livres de poche, on fait furtivement connaissance avec des personnes qui ont pris la peine d’étudier nos goûts pour nous offrir un petit quelque chose qui fait chaud au cœur.

Nat75, par exemple, m’a fait parvenir La colère des aubergines, de Bulbul Sharma.
‘Tendez, on parle bien de ces merveilles que la nature a fait tantôt vertes, tantôt violettes, et que je pourrais manger jusqu’à mort s’ensuive ? Eh oui. Alors, merci à Nathalie, qui a su me faire découvrir un pays que je ne connais que peu le temps d’un charmant recueil de nouvelles.


Une histoire où un tueur à gages tombe amoureux et se marie avec sa victime. Bon ça, on s’en fout, c’est pas intéressant. Ce qui l’est, c’est la suite : la désillusion, le malaise, l’aliénation de ce tueur. Puis ensuite l’étrange amie de sa fille, qui ne sort qu’avec des hommes âgés, son petit côté midinette mais aguicheur. Romance Killer est un manwha assez étrange dans ses propos (qui sont desservis par une traduction encore plus étrange et difficile à suivre) et intriguant. Niveau graphique, toujours la patte de Doha, dessins faits à l’ordinateur, couleurs géniales, cadrage hors-norme. À ne pas manquer de lui : Catsby Le Magnifique.
Les 2 premiers volumes de Martin & John sont désormais disponibles en France, grâce à l’éditeur Samji.*

De Park Hee Jung on n’a en France que Fever et Hotel Africa, d’excellentes œuvres coréennes qui m’avaient marquée par leurs graphismes détaillés, leur côté « tranche de vie » et leur sensibilité. Hélas, Fever s’étant achevé il y a quelque temps déjà et Hotel Africa ayant une parution erratique*, il devient difficile d’avoir sa dose de Park Hee Jung. Par conséquent, je me suis tournée vers l’éditeur américain Tokyopop pour me procurer le premier volume de Martin & John (M&J), une œuvre différente de ce que j’ai connu jusqu’à présent de l’auteur puisque yaoï et dramatique. Mais…
Peut-on faire du yaoï sans tomber dans les clichés ? Certainement.