La série coréenne à 5,95 € s’est achevée il y a peu, c’est l’occasion d’une rétrospective. Fever est une histoire de rencontres entre des personnalités différentes et l’histoire de leurs influences mutuelles. On voit également leur quotidien avant leur rencontre et on se rend ainsi compte que les protagonistes sont tous des adolescents un peu paumés, qui se déprécient ou qui ne trouvent pas de sens à leur vie. Chaque personnage représente alors un conflit particulier.

Volume 1 : Premier volume introductif. Heon In est une jeune fille de famille aisée qui n’a jamais fait que travailler, qui se replie sur elle-même et évite autant que possible les relations sociales. Cependant, même ainsi, des liens d’amitié se créent entre elles et une de ses camarades de classe, aussi introvertie qu’elle. Elles sont toutes deux les « vilains petits canards » de leur classe, mais à deux, le fardeau est moins lourd. Du moins jusqu’au suicide de ladite camarade de classe, fatiguée de ne pas pouvoir « exister », si ce n’est pour subir les brimades de sa classe. Cette mort est pour Heon In l’élément qui lui fait se rendre compte de sa lâcheté et de son hypocrisie, elle se complaisait dans son petit monde, détachée des autres mais la confrontation avec ce monde n’en est que plus brutale. Elle désire alors changer pour ne plus vivre dans sa bulle : trop facile de ne pas se préoccuper des autres, ça ne lui plaît plus. Et peut-être a-t-elle aussi peur de finir comme sa camarade de classe, sous les roues d’un métro. Gangdae est un jeune homme dont le chien farceur a vomi sur Heon In. Il prend alors la peine de l’aider à nettoyer le contenu de l’estomac de son chien, généreusement étalé sur le manteau de la jeune fille.

Gangdae représente tout au long des 4 volumes la gentillesse et la stabilité. C’est une épaule et une oreille de confiance, et peut-être celui qui, en s’occupant constamment des autres, est le plus heureux. Selon Heon In, il « a de l’instinct, de la gentillesse, un air innocent et benêt ». Il conseille à Heon In de moins se focaliser sur ses soucis, et l’exhorte également à prendre sa vie en main : « tout ça ne sont que des broutilles si tu en décides ainsi ». Jijuun est le jeune homme qui en fait toujours trop, l’incarnation par excellence du « caractère de cochon », celui qui est énervé contre le monde entier. Sauf contre son meilleur ami Ahine qui le décrit comme une « amibe folle » mais au grand cœur.

En effet, la vie de Jijuun se résume à écrire des lettres d’amour et à se prendre des râteaux. Rien n’est jamais trop grandiloquent pour lui, et c’est ce qui fait son originalité. Néanmoins, il est constamment blessé, même après X râteaux et il lui arrive même de sceller ses lettres d’amour par un pansement… C’est un jeune homme guidé par son intuition et ses impulsions (l’auteur le surnomme « l’enfant de la terre ») mais qui n’arrive pas à mettre son passé de côté : il s’invente alors toute une histoire sur son enfance, alors qu’il est en réalité orphelin. Et parce qu’il ne sent aimé de personne, il veut imposer son amour. Sa force (ou « puissance du roi des enfoirés », une appellation un poil moins affectueuse de son ami Ahine) est cependant d’être très tolérant envers ceux qu’il a décidé d’aimer, cette tolérance étant en quantité limitée, il ne se laisse donc pas approcher par n’importe qui. Ahine (pas de photo, imaginez un blond à lunettes) est le premier et seul ami de Jijuun, celui qui le comprend mais qui partage des souvenirs doux-amers avec lui.

En effet, lorsqu’ils étaient enfants, ils ont pleuré ensemble devant un temple mais pour les deux, la raison de ces larmes est inconnue. Adolescents, ils évoquent régulièrement le sujet, l’un essayant de soutirer à l’autre des explications. Mais aucun des deux ne veut être le premier à avouer pourquoi il a pleuré et sort toujours des raisons débiles et volontairement parodiques : « je pleurais parce qu’il pleuvait », « je pleurais parce que les fleurs étaient fanées ». Le jeu est donc de ne pas être le premier à craquer et à se confier. Toujours est-il que depuis cet épisode de leur enfance, Ahine et Jijuun se sentent moins seuls, surtout Ahine qui est amoureux de son ami, mais qui ne le lui a jamais dit. Ahine fait office de grand-frère protecteur, sociable, celui qui observe sans rien dire, et qui pense pouvoir se contenter de vivre aux côtés de son ami, le ramasser lorsque celui-ci est en état d’ébriété avancée, et lui écrire ses lettres d’amour. Mais pour combien de temps ? Combien de temps, en effet, avant que Jijuun tombe amoureux d’une fille ? Et pourquoi pas, d’Ahlip, la sœur de Ahine ?! Triangle amoureux sadique pour Jijuun car Ahlip ne l’aime pas, ironique pour Ahine. Ahlip semble bien éloignée de son frère, c’est une jeune femme farfelue, qui parle de cuisses de poulet dans ses rêves, joue la carte de la provocation, met en avant son mauvais goût vestimentaire.

Bien sûr, on découvrira par la suite qu’elle est très lucide, un peu cruelle et joueuse, un peu salope sur les bords mais bourrée de complexes. Et retour à Heon In qui, à la fin du volume, ne se reconnaît plus et cherche à éviter d’être comme sa famille, très portée sur l’apparence, le qu’en-dira-t-on et corrompue jusqu’à la moelle. Heon In a besoin d’évasion et d’un nouveau terrain pour trouver son bonheur, comme si le bonheur était un état constant. Elle se révolte contre les gens qui ignorent les drames quotidiens, contre cette ville plus très humaine. Fever représente alors une échappatoire, une sorte d’école alternative où il est permis aux adolescents de faire ce qui leur plaît. C’est une opportunité pour ses pensionnaires de découvrir l’adolescence et la vie. C’est un lieu à l’image de son créateur, un peu enfantin, un peu métaphorique, mais aussi ancré dans la « tradition » : une chamane y vit, et du kimchi (chou coréen) s’y trouve en abondance. Pourtant, la pédagogie n’est pas oubliée, ce lieu se trouve en haut d’une colline, comme pour montrer le chemin initiatique qu’empruntent ses pensionnaires avant de trouver la paix.


Volume 2 : Où l’on fait connaissance avec Peter (quelqu’un un peu comme ça, en plus jeune), le créateur loufoque de Fever. C’est une sorte d’éducateur qui remet ses élèves sur le bon chemin, profite de la vie et des choses simples, prodigue des conseils : ne pas trop chercher à contrôler sa vie quand on n’a « que 17 ans », se maîtriser, prendre ses responsabilités. Une figure rassurante mais stricte.

C’est un personnage sympathique (que ça ne gêne pas de porter un T-shirt des Teletubbies, par exemple), philosophe mais que hélas, on ne verra pas énormément au long de la série et qui restera mystérieux, ses desseins n’étant jamais révélés. Le volume 2 introduit également Ji-Ho, vraiment perdu, accro à la moto, et qui pense constamment à se suicider. Néanmoins, son intégration à Fever le fera peu à peu changer d’avis et l’incitera à voir la vie autrement. Il ramène avec lui Seo-Yun, une jeune fille complexée par son physique car on la prend souvent pour un garçon, coincée entre la possessivité de son amie In-Kyon et son affection pour Ji-Ho.

Cependant, lorsque Gangdae voit du premier coup que c’est une fille, elle décide de rester à Fever, et malgré son côté taciturne, s’entend bien avec Heon In. Ahlip, elle, fait tourner Jijuun en bourrique, s’amuse avec lui, maintenant qu’elle sait qu’il l’aime. Un différend entre Jijuun et une star du rap complique la situation avec l’apparition du producteur de la star en question, Jijuun se retrouve à la merci d’Ahlip… encore plus qu’il ne l’était déjà. Ahine, qui a malgré tout une petite amie (… dans son lit, cette relation reste implicite et on ne peut pas dire que Ahine se préoccupe vraiment d’elle), demande à Jijuun de « ne pas pleurer sans lui à ses côtés », preuve de son attachement extrême envers son ami. Jijuun et donc sollicité de toutes parts, mais surtout, c’est comme s’il devait choisir entre Ahlip et Ahine… il ne saisit pas les enjeux de chacune de ses relations mais a conscience de ses torts dans chacune d’elles.

Avis : J’ai commencé Fever par le volume 2 (une manière comme une autre d’aborder une série, non ?), qui m’avait pas mal plu, les personnages étaient attachants et l’auteur maîtrisait bien les allers-retours entre la vie des personnages. À la relecture pourtant, je trouve qu’il y a trop de phrases coupées (les personnages ont la fâcheuse habitude de laisser leurs phrases en suspens), trop de flashs-bacs aussi, mais surtout qu’il y a un problème de narration : j’ai personnellement eu du mal à suivre la voix off, savoir à qui et à quoi elle fait référence. Néanmoins, le reste, cadrage, dessins surchargés, situations restent toujours aussi bons.

Volume 3 : Qui débute par l’enfance de Jijuun, son enfance entre orphelinat et temple. Grâce à ce petit flash-back, on comprend mieux son caractère, sa fermeté. L’auteur survole aussi le problème qu’il a avec sa mère, une femme qui l’a abandonné dans un temple et envers qui il est encore énervé.
De par ses tragédies personnelles, Jijuun en est venu à détester l’inaction et lui préfère la mauvaise action. Il se trouvait en conflit avec la nonne du temple dans lequel il vivait : cette dernière le conseillant de « ne pas désirer ce qui ne lui appartient pas » et lui estimant que certaines choses lui revenaient de droit. Un affrontement intéressant entre ces deux personnages. Le manwha respecte autant ces deux visions de la vie. Heon In se trouve dans un meilleur environnement où vivre, une sorte de refuge. Elle arrive même à travailler ses cours, libérée de toute contrainte. Il s’agit d’une phase de test pour elle, une période de transition entre son pétage de plombs dans le volume 1 et sa réinsertion dans la vie lycéenne. Peter l’aide en particulier à se forger une personnalité et insiste sur le fait qu’il ne faut pas être obsédé par les diplômes.

Pourtant, suite à une altercation avec une de ses anciennes camarades, elle ne se sent plus à l’aise dans Fever et préférera partir. Elle culpabilise, se qualifie de « trouillarde » et pense se retrouver dans la même situation qu’au début. Avant de partir, elle a pourtant donné des leçons bien utiles à Seo Yun, concernant les apparences et lui donne des raisons de ne pas désespérer « à cause » de son physique. À partir de là, on la voit même plus féminine dans ses habits. Ji-Ho, quant à lui, trouver en Fever une attache et se « range » mais ne parvient pas tout à fait à évacuer sa tristesse. Jijuun, manipulé par Ahlip, fait une incursion forcée dans le monde du show-biz… soutenu tout de même par les habitants de Fever. Il ne parvient pas à renoncer à Ahlip et se soumet à elle. Ahine semble s’effacer de sa vie à présent bien remplie mais paradoxalement, quand il arrive à Jijuun de se montrer gentil envers lui, cela le fait souffrir.

Avis : Une cascade d’événements pas toujours passionnants, j’ai sérieusement commencé à me demander où l’auteur voulait en venir. Aucune histoire ne tient vraiment la route, il n’y a que des embryons de relations ; non pas que je souhaite voir toutes les histoires sentimentales aboutir à quelque chose, mais l’auteur part dans énormément de directions différentes et les contradictions (cf. volume 4) sont légion, beaucoup de voltes-faces non explicitées. Ça manque de continuité entre les volumes. Individuellement, les histoires n’étaient pas si mal, pourtant.


Volume 4 : Pour faire simple, un volume qui prête à controverse. Pour moi, cette fin n’en est pas une, l’auteur met bout à bout des fins en demi-teinte et conclut les histoires de chacun très superficiellement. Suite au départ de Heon In dans le volume 3, les temps sont difficiles. Son départ est perçu comme un échec par Jijuun, qui se sent impuissant. Par énervement, il provoque alors Peter avec des phrases assassines, comme quoi il ne suffirait pas de fournir gite et couverts pour que la vie aille mieux.

En réalité, il semble avoir peur que le manque de courage dont il accuse Heon In ne se reflète aussi en chacun des habitants de Fever. L’absence de Heon In fait soudain prendre conscience aux autres qu’ils ne sont vus que comme des « cas sociaux » par la société. Le rêve s’effondre, l’ambiance bon enfant et la solidarité s’envolent. Ji-Ho et Gangdae, plus nuancés, soutiennent que Heon In ne se permettait jamais de juger, et c’est ce qui la rend si attachante.

Et de même, Fever n’est pas un lieu complètement inutile puisque des liens amicaux ou amoureux s’y sont créés, il ne s’agit pas d’un simple pensionnat-cantine car les pensionnaires sont encadrés et libres en même temps. Du point de vue de Heon In, on voit qu’elle ne fuit pas complètement. Elle retourne à l’école (écho au volume 1, où elle se retrouve à Fever après l’école) où elle trouve une fille telle qu’elle était : très agressive, très effrayée devant les autres en réalité. C’est une fille renfermée qui vit en autarcie et refuse la gentillesse de Heon In. Mais cette dernière, avec son expérience, impose de force leur amitié, espérant sous doute éviter un nouveau suicide. On la voit donc faire des efforts de sociabilité et éviter tant que possible de reproduire ses erreurs, elle se soucie plus des autres et est plus ouverte.

Par ailleurs, il y a un gros développement dans les relations Jijuun-Ahlip-Ahine, bien qu’il soit à mon avis discutable. La relation Ahlip-Jijuun se renforce : en effet, la jeune femme avoue avoir eu le temps de le connaître et de le comprendre et de l’aimer enfin (et hop ! Plutôt rapide, comme transformation. On n’a pas droit à des explications, d’ailleurs). Pas très rassurée de ses nouveaux sentiments, elle se sent prise à son propre piège. Suite à ce changement, un peu rapide, peut-être, Ahine s’efface volontairement et désespère. Il déteste Ahlip, parce qu’elle lui avait pris sa mère, parce qu’elle a toujours été hypocrite et parce qu’elle lui prend maintenant Jijuun. Pourtant, c’est lui qui, par fierté et dans la douleur, refuse d’avouer à sa sœur son amour pour Jijuun.

Cela permet de ce fait à Ahlip et Jijuun d’être ensemble. Trop tard donc pour Ahine de tenter quoi que ce soit, trop tard pour Ahlip pour réparer les blessures de son frère. Le frère se laisse aller, fête son anniversaire seul, en compagnie d’une bouteille d’alcool, et dans le noir, comme pour mieux réaliser ce qu’il a perdu : la situation entre lui et Jijuun dans le premier volume était certes confortable pour lui, mais ne pouvait durer. Le fait que ce soit sa sœur qui y met fin est cependant très ironique. Ne voulant pas faire les choses à moitié, il avoue son amour à Jijuun avant de se suicider. Ce que je trouve dérangeant, c’est qu’on ne sentait pas son désespoir avant cela, et tout à coup, on le voit dire que ça ne sert à rien qu’il vive dans ce monde et préfère disparaître. Il est passé très rapidement du statut du grand-frère à celui d’amoureux transi.

Autres points qui ne me satisfont pas terriblement : la relation haineuse entre Ahine et Ahlip, expliquée très maladroitement, une histoire de parents adultères, un autre suicide, le tout étayé par un conte métaphorique pour enfants. C’est très lourdingue, et j’avoue ne pas y avoir compris grand-chose, mis à part qu’Ahlip a volé la mère d’Ahine (car oui, maintenant, ils sont demi-frères).

Narration très confuse, pathos pas nécessaire. Ahlip et Jijuun, tous deux manipulés par le producteur, font une scène théâtrale pour montrer leur amour et quitter le monde du show-biz, de la mode, des apparences. De la part de l’auteur, je m’attendais à un peu mieux, un peu plus de nuances que de dire que ce monde est pourri et sans sentiments. Enfin, l’amie de Seo Yun, In Kyung, organise le meurtre de Ji-Ho… une fin brutale pour ce dernier. Sa mort est-elle la conséquence de ses choix et de ceux de Seo Yun ? Une destruction injuste (Ji-Ho avait des projets louables avec Seo Yun : ouvrir une pâtisserie…) qui fait comprendre aux autres qu’il ne s’agit pas de vivre en réparant ses erreurs, cela est impossible, mais de vivre avec et de faire de son mieux. Une conclusion douce-amère et la fin de l’aventure pour les rescapés de Fever, certains sont devenus plus forts, d’autres sont désespérés, d’autres encore se cherchent toujours, mais la vie continue.

Avis : Déception que l’auteur n’ait pas accordé plus d’importance à l’école Fever (on ne l’évoque plus alors que c’est le titre de ce manwha), qu’il n’y ait pas assez d’interactions entre les personnages (on les voit juste à la fin, réunis) ainsi que certaines histoires restent inachevées : Gangdae (qu’on ne voit pratiquement pas) et Heon In, par exemple.

Cependant, le fait que tous les problèmes ne soient pas résolus est judicieux, la vie des personnages ne s’arrête pas au bout de 4 volumes, et le message d’espoir à la fin n’est pas niais. Enfin, un mot sur les dessins, Park se débrouille vraiment bien en matière de décors, de cadrage et de plans, de vêtements (galerie épatante de fringues, d’accessoires, de bijoux). Son humour est appréciable (même lorsqu’elle nous décrit les « popos » de son chien) et ses SD très élaborés et mignons.
« J’essaie de m’imaginer adulte
mais je n’y arrive jamais.
En plus j’ai le sentiment qu’il n’y a
rien de plus amusant
que ce qui se passe dans le présent. »

Le présent, les tailleurs CHANEL, un petit ami protecteur et amoureux… c’est-à-dire, ce que ne possède pas Riko, l’héroïne de Diamonds.
Alors, lorsque l’opportunité de se faire de l’argent facilement se présente à elle en tenant compagnie à un quarantenaire, Riko n’hésite que peu, poussé par son petit ami faussement protecteur et absolument pas amoureux.
Des nouvelles avec des personnages – ou du moins des archétypes récurrents – qui racontent à chaque fois la même histoire. Plus qu’un manwha, Cosmos est un roman accompagné d’images, des sortes d’instantanés de la vie de nos protagonistes qui, par leur couleur et leur teinte, ressemblent davantage à de vieilles photos jaunies, de bons vieux souvenirs.

La démarche de l’auteur est à découvrir, c’est sûr, mais les historiettes sont inégales.
Tantôt il se lance dans une prose sans fin sur la nature, le ciel, l’herbe verte, les pigeons, la mer scintillante ou que sais-je encore de (censé être) poétique. Je ne suis certes pas très ouverte à la magie de la nature mais tout de même, cela sonne faux, pourquoi cette surcharge de description et de lyrisme ? Pour se faire comprendre, il se répète inlassablement, ce qui provoque parfois un certain ennui.


Tengo, miko, tabi... Tout ce vocabulaire provient de la série Le Cortège des Cent Démons de Ima Ichiko, 14 volumes au Japon, éditée en France par Doki-Doki mais malheureusement stoppée au bout de 6 volumes par manque de succès.

Cependant, chaque volume du Cortège… peut tout à fait se lire indépendamment, l’achat n’est donc pas déconseillé si ce n’est qu’évidemment, avoir la moitié de la série peut être frustrant.
L’intérêt principal de ce manga, c’est de contempler le bestiaire inspiré du folklore japonais.

En effet, Le Cortège des Cent Démons nous plonge dans un Japon moderne certes, mais dans sa campagne, dans un village plus précisément où on suit les aventures de Ritsu, un lycéen qui a hérité de pouvoirs paranormaux, lui permettant de voir et sentir les êtres surnaturels, les yôkai.


La Cité Saturne narre la vie quotidienne d’un laveur de vitres dans un monde extrêmement hiérarchisé, où les êtres dits inférieurs vivent dans un bazar souterrain et les êtres élevés dans un anneau gravitant autour de Saturne. L’anneau, gigantesque, étant en verre, les riches cadres, ingénieurs et industriels font appel à des nettoyeurs de l’espace pour bénéficier d’une belle vue sur l’espace.

Oui, les décors sont en carton-pâte, les effets spéciaux risibles, le vaisseau mère d’une taille franchement variable mais… j’adore cette série !


Modern Family est une sitcom très encensée à sa sortie et qui a reçu des critiques dithyrambiques.

Comme le titre l’annonce, on suit des familles dites modernes : couple homosexuel, mari un peu loser ou encore, jeune femme mariée à vieil homme. Le tout serait un peu ennuyeux si ces 3 couples ne faisaient pas partie de la même famille. Avec beaucoup de brio, les réalisateurs réussissent à renouveler les situations : accidents, anniversaires, conflits d’intérêts, dîners familiaux, crise d’adolescence… pour nous montrer le quotidien de cette grande famille tolérante.

J’ai bien aimé la rareté des situations qui tournent à la baston générale, au contraire, chacun fait sa vie dans le respect des autres. On n’évite pas à quelques petits clichés (le mari « loser » maladroit, faible, trop gentil avec ses enfants – qui évolue heureusement par la suite, quoiqu’un peu tard) et surtout, allez savoir pourquoi, une morale niaaaaaaaaise type « l’important, c’est d’aimer sa famille, quoiqu’elle fasse » parachutée vers la fin de chaque épisode de 20 minutes.

Peut-être que Modern Family bouffe à tous les râteliers puisqu’après la morale lourde, on a droit à un petit retournement de situation, un peu prévisible mais parfois plus trash qu’on ne l’aurait pensé. Le gros bon point de cette série est son casting, l’acteur le plus connu étant Ed O’Neill (Al Bundy !) mais également d’autres moins célèbres, tout aussi crédibles et attachants. Il ne faut pas avoir peur des épisodes courts et « tout est bien qui finit bien ». Il faut aimer un minimum l’esprit de famille (ou aspirer à une famille aussi haute en couleur) pour apprécier.

Enfin, il faut savoir que la série se présente sous forme de mockumentary, « documentaire fictif », où les personnages parlent à la caméra un peu n’importe comment, n’importe quand, pour expliquer au téléspectateur des événements passés ou leurs pensées profondes. Dans tous les cas, Modern Family est hyper attachant et drôle.
Autant le dire, Firefly, c’est une série SF qui n’a pas marché. Oui mais : Joss Whedon, oui mais : Nathan Fillion ! C’est un gage de qualité mais la série n’a clairement pas reçu un accueil triomphal pour autant. À la manière du japonais Cowboy Bebop, on suit un groupe de trafiquants rebelles de l’espace dans ses (nombreuses) mésaventures. Tout y est : planètes toutes différentes, contexte réussi (une série qui, en 2002, entrevoyait un monde où les gens parlent un sabir chinois…), beaucoup de suspens, des hommes mystérieusement devenus fous, du sarcasme à tout va, un régime politique oppressant… et une fine équipe ! Entre le capitaine de vaisseau faux dur à cuire, le sniper brute, lent à la détente mais franchement culte, le pilote zen et le prêtre à la chevelure effrayante, il y a de quoi faire.

Le mélange SF-western prend bien, Whedon a bien mixé des éléments de chaque. Du vrai western avec des déserts arides et de bonnes carabines, de la vraie SF avec, enfin, des navettes qui sont silencieuses dans l’espace (car « dans l’espace, personne ne vous entend… »). Peu de choses ont été laissées au hasard et en 12 épisodes, Firefly nous emmène loin. Peut-être que le mélange des genres n’a pas pris, peut-être que les délires de Whedon n’ont pas toujours été compris mais la série mérite qu’on s’y attarde. Certes, c’est un peu frustrant d’avoir si peu d’épisodes mais le film, Serenity, conclut honnêtement cette fresque épique dans l’espace.

À l’époque de sa sortie, j’étais restée plantée devant l’affiche, me demandant ce que foutait cette espèce de fille avec son pseudo kung-fu, j’ai désormais ma réponse.

EDIT 27.04.13 : Et pour les vrais fans, un monstrueux pavé est sorti – en anglais – pour les 10 ans de la série. Il se nomme Firefly : À Celebration, est publié par Titan Books, pèse le poids d’un âne mort, mais se boit comme du petit lait.
Pour débuter : qu’est-ce que 10 000 images ? Selon l’édito, c’est un collectif d’ouvrages à thèmes autour du manga et proposant des articles de fond. Et pour cause, la revue est au format A5, contient 200 pages en noir et blanc peu illustrées et ressemble à un… mémoire d’étudiant. Ce n’est pas une critique mais pour 12 €, je m’attendais à un peu plus, niveau iconographie et présentation.
Mais peu importe la présentation… La qualité est au rendez-vous. Ce n’était pas gagné avec un tel thème, le yaoï, c’est-à-dire les manga parlant de relations et d’amours homosexuelles. Les histoires plus connues et ayant été publiées en France se résument à Zetsuaï 1989, New York New York, Le Jeu du Chat et de la Souris [à l’époque où j’ai rédigé cet article, s’entend] et si on insiste, Gravitation, qui joue cependant davantage sur l’ambiguïté et le délire.
L’ouvrage est très exhaustif et retrace avec sérieux la chronologie du yaoï, son succès, les points de vente, les produits dérivés et ainsi de suite, comme en témoigne le sommaire :
Difficile de dire que j’ai « aimé » une œuvre aussi crève-cœur mais de fait, je recommande réellement la lecture de ce récit des massacres perpétrés par des soldats japonais envers les habitants de Nankin, en Chine, aux alentours de Noël 1937.
Alors qu’importent les nombreuses approximations que commet l’auteur, qu’importe ce tiraillement constant entre journalisme et histoire, qu’importe le chapitrage confus, qu’importe la vision fortement biaisée d’Iris Chang… Qui peut rester de marbre en lisant ce compte-rendu de crimes de guerre savamment enterrés ? On comprend bien que les viols et les brutalités existent en temps de guerre, mais par « viol », entend-on toujours « perçage de vagin avec un bâton de bambou » ? Par « brutalité », entend-on toujours « ensevelissement des jambes sous la terre pour se faire étriper par des bergers allemands » ? Non, encore heureux, mais c’est bien pour ça qu’il est crucial de faire savoir ce que des gouvernements ont nié.



La Tétralogie du Monstre, c’est quoi ?
C’est un titre un peu barbant pour une œuvre intelligente mais pas transcendante.
C’est une montée en puissance (Optus Warhole, Trou de la guerre, Holeraw – OO mon dieu, des anagrammes) qui finit par retomber comme un soufflé (« tiens, et si j’étais gentil, pour voir ? », très original, n’est-ce pas ?)
C’est notre monde poussé un peu plus loin avec force abréviations et développements (car, on le sait bien, pour faire futuriste, c’est toujours bien de parler Vatican XXIX, FBI-37 et autres coopérations nationales improbables) mais qui ne suffisent pas à bâtir un réel monde de SF.


Les blogs BD sont ultra à la mode et pour distinguer le grain de l’ivraie, ce n’est pas évident.
Il y a les monstres comme Boulet et les « trucs » durs à digérer type Madeleines de Mady, puis il y a Vincent Caut.

Soit dit en passant, c’est frais, simple, génial et sans prétention dans le meilleur sens du terme. J’ai adoré me replonger dans les galères et joies de l’année de Terminale, les petits riens quotidiens et adolescents.
Je suis tombée amoureuse de ces historiettes mais aussi du style graphique de Caut. Sur son blog, on peut voir d’ailleurs que c’est un touche-à-tout et qu’il ne se limite pas ces charmants petits dessins ronds et tout en couleurs.
Vivement qu’il sorte d’autres œuvres, avec peut-être plus de délires graphiques, de crayons, de croquis…

EDIT 27.04.13 : Depuis, Vincent Caut a publié chez 12bis Les Aventures de la fin du monde. Très jouissif et maîtrisé, perle d’humour absurde/noir.




Là où l’expression « private circle » prend tout son sens…

Commencer La Maison Close sans préambule sans explications est une mauvaise idée.
On est parachutés devant la porte de ce joli bâtiment avec des auteurs qui se représentent eux-mêmes et sont invités/s’invitent dans ce bordel. Fallait le savoir ! Pourquoi c’est écrit nulle part que ce délire vient du Festival d’Angoulême, qu’il est initié par Truc et Muche (ce n’est pas un manque de respect, juste un trou de mémoire) et qu’un certain nombre de grands de la BD a été invité ? Pourquoi ??

On commence soft avec Guy Delisle, un de mes auteurs préférés, qui nous abandonne subitement et là, c’est le drame. Je n’ai plus reconnu les autres auteurs (sauf Boulet et Cestac, j’ai honte de le dire) et je n’ai rien compris à leurs préférences sexuelles ou leurs fétichismes. Bref, c’était la bouillie dans ma tête, je pigeais une phrase sur deux ; c’était limite si je ne me mettais pas à rire comme quand on n’est pas sûrs de devoir le faire mais qu’on le fait quand même… au cas où.

Sans parler du fait que je n’ai jamais été très fan du sujet du bordel (ce sont les auteurs qui m’ont incitée à acheter ce livre), en roman, en BD, à la télé. Je n’aime pas non plus le sexe intellectualisé à fond ni le sexe bestial trop in. Je ne rigole donc pas quand un personnage dessine un vagin sur un autre car il est représenté de manière enfantine (cette phrase a-t-elle un sens ?!!). Je m’ennuie donc aussi quand s’immisce cette sensation de vouloir faire trash – ou du moins, scandaleux – mais sans trop oser. Deux pas en avant, trois en arrière : sur quel pied danse-t-on ?

Insensible à cette débauche de moyens, d’humour noir et surtout, d’humour confidentiel, j’ai tourné les pages sagement sans jamais sourire ou m’effrayer. Tout au plus, une pointe d’irritation devant ce monde fermé et inaccessible. Bah non, c’est pas agréable d’avoir le cul entre deux chaises.

Titre : La Maison Close
Titre original : -
Auteur(s) : Collectif (Trondheim, Mulot, Ruppert, Cestac, Delisle, Boulet…)
Traducteur(s) : VO
Éditeur : Delcourt
Nombre de pages : 120
Prix conseillé : 34,95 €

Lu alors que toute ma famille partait… à Okinawa, cette BD était paradoxalement très plaisante.
Bien plus intéressante que Fraise & Chocolat (cul, cul, cul !!), le trait d’Aurélia Aurita sert bien son propos, la description de la folie de la paperasse au Japon, l’absurdité de la bureaucratie – le tout avec humour, tolérance et légèreté.
Incroyable, comme une même personne peut produire des œuvres aussi différentes.
Source
Séries, musique, livres et BD… tout y passe !


(Cherchez pas de chronique du volume 1)

Le dessin ne me plaît toujours pas mais la légèreté est enfin assumée, finie l’envie de montrer au monde « regardez, je fais du cul, c’est différent sans être intello ». C’est beaucoup plus frais et en prime, on a droit à des remarques pertinentes sur la célébrité, sur le couple forcément hors normes.

Le tout passe donc mieux, on voit les premiers doutes et interrogations, on voit même Kan Takahama (Kinderbook, L’eau amère chez Sakka). C’est presque plus contemplatif, le couple reste toujours de petits lapins furieux mais ça devient routinier et pas voyeuriste.
Bref, pas un grand coup de cœur, je suis très mitigée mais je note le nom d’une auteur capable de pondre de très bons trucs (malgré ses dessins de flemmarde).
Eros Psyché n’est pas une œuvre inintéressante, à condition de se laisser emporter par cet univers de pensionnat pour jeunes filles.

Graphiquement, rien à redire : il y a de la recherche, le côté manga est bien intégré, les petits détails sont intrigants. Si je chipotais, je dirais que j’ai parfois eu du mal à différencier les deux héroïnes (fâcheux !), mais je ne chipote pas. Ou pas trop.

Par contre, l’intrigue pourrait paraître légère, selon ce que l’on recherche dans cette œuvre. Une ambiance onirique, des mystères, un soupçon de réponse ? Si oui, il faut foncer découvrir Eros Psyché. Autrement, l’histoire risque d’être frustrante et vaine.

Pour ma part, je naviguais entre deux eaux à la lecture. J’ai été assez séduite car on sent clairement que l’auteur ne s’est pas contenté de poser de beaux aplats noirs sur du vide, il y a une vraie réflexion, une vraie démarche. Pourtant, quand je vois des filles nouer des rubans sur une corde à linge, lire des chiffres et en tirer des mots ou parler d’une « pièce » qui semble traumatisante, mon esprit part sur mille hypothèses.
Hélas, les réponses n’étaient pas au programme de Maria Llovet.

Bref, il faut se contenter de visiter le pensionnat, comprendre quelques-unes des vagues règles qui la régissent, ne pas chercher à creuser l’histoire d’amour entre les héroïnes puis refermer le livre et laisser ses énigmes enfermées…

Titre : Eros Psyché
Titre original : -
Auteur(s) : Maria Llovet
Traducteur(s) : VO
Éditeur : Emmanuel Proust Éditions
Nombre de pages : 143
Prix conseillé : 14,95 €
C'était le coup de cœur du bibliothécaire… sauf que je ne suis pas bibliothécaire.
Bref, je n’ai pas été conquise.

Je ne connais rien de Betty Lovelace et Linda Page (à moins que ce ne soit le contraire…), je n’ai jamais vu Gorge profonde (de nos jours, en même temps...) et j’ai bien mis 100 pages pour comprendre qu’on parle de 2 nanas de nos jours à qui on raconte les destins croisés de Page et Lovelace. Ouais, c’était écrit partout mais ma tête refusait d’entrer l’info.

On peut se demander à qui est destinée cette œuvre. Le connaisseur doit un peu s’ennuyer devant ces biographies illustrées (joliment, encore heureux). L’ignare que je suis était totalement perdue. Une BD n’a pas à être didactique mais heu… parfois, ça aide qu'elle le soit un minimum. Je n’ai vécu ni dans les années 20 ni dans les années 50, je connais donc à peu près rien sur les mœurs de ces époques, les stars, l’ambiance, les fétichismes avoués et ceux non avouables. Ça n’aide pas à ancrer ces femmes dans le contexte historico-politico-socio-truc.

Cependant, je me dis que l’œuvre a des qualités certaines. Le dessin ne fait pas partie de ceux que j’affectionne mais les femmes sont très sensuelles, il y a un sens du détail assez impressionnant et quelques délires graphiques appréciables (bah oui, quand on pige rien, on est content quand on trouve quelque chose qui fait sens à son cerveau). La critique du « Système » porno est assez soft, pas toujours subtile, mais on ne nous assène pas une morale de 3,5 tonnes.

Pour le reste, j’ai dû m’être attaquée à une œuvre trop ambitieuse pour moi.

Titre : Coney Island Baby
Titre original : -
Auteur(s) : Nine Antico
Traducteur(s) : VO
Éditeur : L’Association
Nombre de pages : 150
Prix conseillé : 22,40 €

Le Bleu est une couleur chaude est une BD de Julie Maroh (dont le blog, Les Cœurs Exacerbés, est à visiter) sur une adolescente qui découvre qu’elle aime les femmes. C’est une histoire sur un ton intime, placée au début des années 1990, à une époque où avoir un ami homo, c’était encore moins connu et accepté qu’aujourd’hui. Époque d’autant plus difficile pour notre jeune protagoniste, qui sera rapidement fascinée puis amoureuse de la narratrice, de quelques années son aînée.


Osaka, 1988, six amis se retrouvent régulièrement autour d’un verre. Ils sont assez différents mais ont une passion commune : l’Amérique, un pays qui se profile comme un rêve, comme un idéal, un eldorado. America présente le mythe du rêve américain dans toute sa splendeur pour ces jeunes Japonais qui considèrent parfois les traditions comme autant de lourdes chaînes les empêchant de prendre leur envol.